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DESCRIPTION:\nPARADOXES DE LA PENSEE PROGRESSISTE\nLe camp du bien à l’heur
 e du woke\nAndré PERRIN\nAgrégé de philosophie et ancien professeur de cla
 sses préparatoires aux grandes écoles\, André Perrin est l’auteur de plusi
 eurs ouvrages remarqués dont Scènes de la vie intellectuelle en France (L’
 Artilleur\, 2016). Il collabore à la revue Commentaire.\n      Puisqu’il m
 ’a été proposé\, non pas de faire une conférence sur un sujet déterminé\, 
 mais de présenter le livre que j’ai récemment publié\, je partirai de son 
 titre et de son sous-titre. Le titre est Paradoxes de la pensée progressis
 te et le sous-titre Le camp du bien à l’heure du woke. Je commencerai donc
  par dire ce qu’il faut entendre par pensée progressiste\, j’expliquerai e
 nsuite ce qui permet de la caractériser comme « le camp du bien ». Dans un
  troisième temps je montrerai comment son évolution l’a conduite à un cert
 ain nombre de paradoxes. Et enfin je ferai apparaître comment l’idéologie 
 woke\, venue des États-Unis\, a imprégné la pensée progressiste chez nous.
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 3E8 | icon-v-offset=2px | icon-style=border:2px solid #D1D3E8\; border-rad
 ius:4px\; padding:5px}\nJ'adhère\n{/hide}\n \n{up filter | group=1\,9 } {=
 =====}\nPROGRESSISME ET NÉO-PROGRESSISME \nLa pensée progressiste dont il 
 est question\, c’est ce qu’il faudrait plutôt nommer la pensée néo-progres
 siste\, c’est-à-dire ce que le progressisme est devenu chez nombre de ceux
  qui continuent à s’en réclamer tout en ayant\, à bien des égards\, rompu 
 avec ce qu’il fut à l’origine. Cette origine\, c’est l’Aufklärung\, la phi
 losophie des Lumières. Ce mouvement\, qui s’est développé à travers tout l
 e XVIIIème siècle et qui a trouvé sa traduction politique dans la Révoluti
 on française\, est bien sûr divers : il y a bien des différences et des di
 vergences entre Kant\, Rousseau\, Voltaire\, Diderot\, l’Abbé Raynal\, Con
 dorcet etc. On peut néanmoins indiquer quelles sont ses idées fondamentale
 s. Les Lumières\, ce sont celles de la Raison opposées aux ténèbres et à l
 ’obscurantisme de la croyance religieuse et de la superstition : l’autorit
 é de la raison doit l’emporter sur celle de la religion. L’esprit de libre
  examen doit permettre le progrès de la science et\, par-là\, l’améliorati
 on de la condition humaine. Les Lumières croient à l’objectivité de la sci
 ence et au pouvoir émancipateur du savoir. Elles croient à l’unité du genr
 e humain et à l’universalité des droits de l’homme. Elles sont attachées à
  la laïcité\, à la liberté d’expression. La pensée progressiste qui en est
  issue s’attachera\, au XIXème siècle\, à la défense du prolétariat et\, à
  partir de l’affaire Dreyfus\, se libérant de\nl’antisémitisme des penseur
 s socialistes qui liaient la figure du juif au pouvoir de l’argent\, elle 
 combattra l’antisémitisme.\nOr à peu près à tous ces égards\, la pensée né
 o-progressiste a rompu avec la philosophie des Lumières. Sur le caractère 
 émancipateur du savoir d’abord. L’École\, parce qu’elle est le lieu de l’i
 nstruction\, est\, de ce fait\, celui de la naissance du citoyen – tel est
  l’enseignement de Condorcet. En réduisant l’inégalité qui sépare le savan
 t et l’ignorant\, elle soustrait celui-ci au pouvoir de celui-là\, elle l’
 en émancipe\, elle le libère. Or dans le dernier tiers du XXème siècle\, s
 ’est développée et diffusée\, dans la pensée « progressiste »\, l’idée que
  le savoir était aliénant\, qu’il était en lui-même un instrument de domin
 ation et d’oppression. Tandis que des idéologues et des militants caractér
 isaient la culture humaniste classique comme culture « bourgeoise »\, une 
 certaine sociologie s’employait à montrer que la langue de l’école était l
 a langue de la bourgeoisie\, langue de connivence excluant de fait ceux à 
 qui le milieu familial n’avait pas fourni les codes : l’École serait ainsi
  le lieu d’une compétition libérale aux dés pipés où les « héritiers » son
 t assurés de l’emporter sur les autres. Ainsi s’est imposée\, surtout aprè
 s l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981\, sous le couvert des « scienc
 es de l’éducation »\, une pédagogie démagogique méprisante pour les enfant
 s du peuple. Vingt ans avant qu’un président de la République se fût indig
 né qu’on interrogeât des candidats issus de milieux populaires sur La prin
 cesse de Clèves\, un fameux pédagogue\, très en vogue et très en cour\, av
 ait préconisé qu’on apprenne le français aux élèves défavorisés sur des mo
 des d’emploi d’appareils électroménagers plutôt que sur des textes littéra
 ires. En condamnant sans nuances l’élitisme républicain\, en rejetant en b
 loc la méritocratie républicaine et en abaissant corrélativement le niveau
  d’exigence\, la gauche a abouti au résultat inverse de celui qu’elle rech
 erchait : dans une école qui renonce à instruire\, les héritiers\, qui peu
 vent à la rigueur se passer de l’école\, réussiront sans elle et les autre
 s ne réussiront plus du tout. En sacrifiant l’instruction sur l’autel de l
 ’égalité\, on sacrifie et l’instruction\, et l’égalité. Je ne veux pas dir
 e que la sociologie à laquelle je faisais allusion tout à l’heure soit fau
 sse de part en part. La notion de capital culturel ne manque pas de pertin
 ence. Il est incontestable que les enfants à qui leurs parents parlent une
  langue châtiée\, à qui ils donnent le goût de la lecture\, qu’on emmène a
 u théâtre et au musée\, devant qui on a à table des conversations instruct
 ives\, auront plus de facilités que les autres à assimiler la culture disp
 ensée à l’école. Cela\nCondorcet le savait. Condorcet savait bien\, il le 
 dit dès le début du Premier Mémoire sur l’instruction publique\, que la lo
 gique de l’instruction publique\, tout en réduisant des inégalités\, condu
 isait aussi à en développer d’autres : en offrant l’instruction à tous\, o
 n permettra à certains d’en profiter davantage que d’autres\, mais\, ajout
 ait-il\, « ce serait un amour de l’égalité bien funeste que celui qui crai
 ndrait d’étendre la classe des hommes éclairés et d’y augmenter les lumièr
 es ».\nLa pensée progressiste s’est aussi reniée en renonçant à la laïcité
  qui était\, depuis l’origine\, un de ses principaux marqueurs au point qu
 e\, comme l’a fait remarquer Jacques Julliard\, « quiconque se réclamait d
 e la laïcité était classé à gauche »[1] Depuis lors\, elle réserve son ant
 icléricalisme traditionnel à un ennemi qui a largement disparu\, la religi
 on catholique ayant été depuis longtemps mise au pas\, même avec des métho
 des assez brutales au début du XXème siècle\, et elle fait preuve de la pl
 us invraisemblable complaisance à l’endroit d’une autre religion fantasmée
  comme la religion des damnés de la terre et destinée à fournir un proléta
 riat de substitution à des révolutionnaires désormais orphelins de la clas
 se ouvrière. L’écrivain Didier Daeninckx\, vieux compagnon de route du par
 ti communiste\, a raconté dans un opuscule édifiant[2]\ncomment il avait é
 té amené à quitter la banlieue rouge où il avait vécu pendant des décennie
 s\, désormais rongée par le communautarisme du fait de municipalités qui\,
  par clientélisme\, s’agenouillent devant les formes les plus archaïques e
 t les plus réactionnaires de la religiosité.\nUn troisième reniement\, cor
 rélatif du précédent\, consiste dans sa rupture avec la classe ouvrière do
 nt le vote a glissé du parti communiste au Rassemblement national. Le Thin
 k Thank Terra Nova\, proche du PS\, en prenait acte en mai 2011 en disant 
 que la classe ouvrière « n’est plus le coeur de la gauche\, n’est plus en 
 phase avec ses valeurs » et que celle-ci doit donc se reconstituer autour 
 d’une « nouvelle alliance électorale réunissant les diplômés\, les jeunes\
 , les minorités ethniques et les femmes ».\nUn quatrième reniement\, non m
 oins spectaculaire\, et solidaire du précédent\, puisqu’il s’agit désormai
 s de se mettre au service des revendications \nparticularistes des différe
 ntes minorités\, est sa rupture avec l’universalisme. Les droits de l’homm
 e ne se réduiraient pas seulement\, comme chez Marx\, aux intérêts du bour
 geois\, mais dissimuleraient aussi ceux de l’homme blanc occidental et jus
 tifieraient sa domination sur le reste du monde. Il faut donc les dénoncer
  dans le cadre des luttes contre le néo-colonialisme\, la masculinité toxi
 que\, l’ordre patriarcal et hétéronormé. Je reviendrai un peu plus loin su
 r ces points qui sont au coeur de ce que l’on appelle aujourd’hui le wokis
 me.\n \nLE CAMP DU BIEN \nEn caractérisant la pensée néo-progressiste\, ou
  la gauche contemporaine\, comme le « camp du bien »\, je veux mettre en é
 vidence son évolution d’une perspective politique à une perspective morale
 . Cela ne signifie évidemment pas qu’il n’y avait aucune préoccupation mor
 ale dans le progressisme originel ni qu’il n’y a aucun intérêt pour la pol
 itique dans le néo-progressisme\, mais qu’autrefois être de gauche c’était
  essentiellement s’inscrire dans un cheminement politique et qu’aujourd’hu
 i c’est de plus en plus assumer une posture morale. Comment en est-on arri
 vé là ? Jusqu’à la fin des années 60\, la pensée progressiste entretenait 
 un lien privilégié avec le marxisme et s’inscrivait plus ou moins dans la 
 perspective révolutionnaire de la lutte des classes ouverte par la révolut
 ion bolchevique de 1917\, elle-même interprétée comme le prolongement et l
 ’aboutissement social de la révolution politique de 1789. Le soulèvement d
 e mai 68\, n’était pas d’inspiration marxiste même si\, comme l’avait dit 
 Maurice Clavel\, il lui arrivait de s’exprimer dans son langage\, faute de
  disposer d’un autre. Plutôt libertaire\, il n’était pas foncièrement oppo
 sé au libéralisme comme en témoignera l’évolution politique de sa principa
 le figure emblématique en France\, Daniel Cohn-Bendit. Au début des années
  70\, la parution de l’Archipel du Goulag en France signa la fin – le débu
 t de la fin - du grand récit révolutionnaire. Dans la foulée\, le mouvemen
 t dit des « Nouveaux philosophes » s’employa à « casser le mot révolution 
 »\, selon l’expression d’André Glucksman\, et à substituer à l’attente du 
 Grand Soir l’objectif\, plus modeste\, du respect des droits de l’homme\, 
 ce qui conduira\, d’ailleurs\, Marcel Gauchet à rappeler\, dès 1980\, que 
 « les droits de l’homme ne sont pas une politique ». En 1981 François Mitt
 errand se fait élire sur un programme de « rupture avec le capitalisme » e
 t les années qui suivent consacrent le triomphe du « néolibéralisme »\, av
 ant même la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’empire soviétiqu
 e à la fin de la décennie. On assiste en même temps à l’amenuisement de la
  classe ouvrière et au déclin corrélatif du parti communiste. Déclin du pa
 rti communiste : en 1981\, son candidat à l’élection présidentielle recuei
 llait 15% des voix\, 6\,5% en 1988\, 8\,5% en 1995\, 3% en 2002\, moins de
  2% en 2007 et à peine plus de 2% en 2022. Amenuisement de la classe ouvri
 ère : sur le site de l’INSEE\, à la date du 29 avril 2024\, on apprend qu’
 en 40 ans\, la part des ouvriers dans la population en âge de travailler e
 st passée de 30% à 19% tandis que la proportion des cadres supérieurs prog
 ressait de 8% à 21\,7% (celle des cadres moyens de 19% à 25%). Aujourd’hui
  l’ensemble des cadres supérieurs et des professions intermédiaires représ
 ente 48% de cette population. Dans ce contexte nouveau\, il devient de plu
 s en plus difficile de savoir ce que c’est qu’être de gauche. Est-ce être 
 favorable à la politique de libéralisation et de dérégulation de Pierre Bé
 régovoy ? À la politique de privatisation menée par Lionel Jospin ? À la f
 açon dont le combat contre notre ennemi la finance a été mené entre 2012 e
 t 2017 par François Hollande ? Ou alors à la création du RMI\, ancêtre du 
 RSA\, par Michel Rocard ? Mais peut-on y voir un marqueur de gauche ? La l
 oi qui l’instituait a été adoptée par 547 voix contre 3 et à l’unanimité e
 n seconde lecture. Ou bien\, est-ce être favorable à l’abolition de la pro
 priété privée des moyens de production ? Mais qui réclame cela aujourd’hui
  ? Je me souviens avoir entendu il y a environ 25 ans Marie-George Buffet\
 , alors à la tête du PCF\, elle en était la secrétaire générale\, déclarer
  dans une interview à la radio : « Nous ne sommes pas contre l’économie de
  marché\, nous sommes contre la société de marché ». C’est une phrase que 
 j’aurais pu prononcer moi-même\, une proposition à laquelle j’adhère sans 
 réserve : suis-je donc communiste ? Lorsqu’à l’automne 2011 furent pour la
  première fois organisées des primaires pour désigner un candidat de gauch
 e à l’élection présidentielle\, on élabora une charte d’adhésion aux valeu
 rs de la gauche que les électeurs avaient l’obligation de signer pour pouv
 oir participer à cette primaire. Voici quel en était le texte\, très conci
 s :\n« Je me reconnais dans les valeurs de la Gauche et de la République\,
  dans le projet d’une société de liberté\, d’égalité\, de fraternité\, de 
 laïcité et de progrès solidaire ». \nOn voit qu’être de gauche n’implique 
 aucun programme politique déterminé\, mais seulement l’adhésion à des « va
 leurs »\, et à des valeurs à ce point indéterminées que la quasi-totalité 
 des électeurs auraient pu signer cette charte sans se parjurer. Et de fait
 \, chaque fois que je demande à quelqu’un qui se dit de gauche ce que cela
  signifie et ce qui distingue la gauche de la droite\, j’obtiens à peu de 
 chose près la réponse qui m’a été faite un jour par une collègue à qui j’a
 vais posé cette question : « C’est très simple\, quand on est de gauche\, 
 on est pour la liberté\, pour l’émancipation\, pour la justice sociale et 
 pour l’altruisme ». Et donc\, quand on est de droite\, c’est le contraire 
 : on préfère l’oppression et la servitude à la liberté\, l’injustice à la 
 justice et l’égoïsme à l’altruisme. En gros\, on préfère le mal au bien. D
 ans ces conditions\, on peut se demander comment il peut encore y avoir de
 s gens qui osent se dire de droite. \nEt de fait\, il n’y en a pas énormém
 ent. Il est assez courant qu’une personne identifiée comme « de droite » s
 ’en défende en protestant qu’elle ne l’est pas\, qu’elle a toujours eu la 
 « fibre sociale » et qu’elle est l’amie du peuple\, mais je n’ai\, pour ma
  part\, jamais entendu quelqu’un identifié à gauche protester qu’on l’avai
 t mal compris\, qu’il avait toujours été de droite\, voire d’extrême-droit
 e\, et qu’il était un « fieffé réactionnaire. Réactionnaire est un mot qui
  sert à discréditer\, ce n’est pas le cas de révolutionnaire. On s’alarme 
 de la « droitisation » de la société française\, mais on ne s’est jamais i
 nquiété de sa « gauchisation ». On déplore la « dédiabolisation » de l’ext
 rême-droite\, mais pas celle de l’extrême-gauche\, quelle que soit l’ample
 ur des crimes qui ont été commis en son nom au XXème siècle\, dont elle a 
 été la complice et dont elle est l’héritière. On s’indigne de l’apparition
  d’une droite « décomplexée »\, mais pas de la perpétuation d’une gauche s
 ans le moindre complexe. On proclame son appartenance à la gauche\, mais o
 n confesse être de droite\, comme le confirment d’ailleurs les travaux des
  sociologues : « En dehors du couple\, le secret du vote caractérise davan
 tage les milieux de droite que les milieux de gauche »3\n3 Anne Muxel La p
 olitisation par l’intime Revue française de science politique 2015/4 (vol.
 65 p.541-562 . En effet\, si 73% des parents de gauche font part de leur v
 ote à leurs enfants\, ils ne sont que 55% à le faire chez les parents de d
 roite. Il y a un vote glorieux et un vote honteux. Dans l’imaginaire colle
 ctif\, gauche et droite ne sont pas des concepts purement descriptifs : il
 s véhiculent des valeurs et ne sont pas égaux en dignité.\nEcoutons\, une 
 fois encore\, les enseignements de la sociologie. Voici ce qu’écrit la soc
 iologue Anne Muxel dans un article intitulé Le pluralisme politique à l’ép
 reuve de la vie privée (Revue française de sociologie. Presses de Sciences
  Po-CNRS\, 2015\, p.743).\n« Les individus qui se positionnent à gauche so
 nt plus enclins à l’homogénéité que ceux qui se positionnent à droite. Ces
  derniers ont en effet 1\,4 fois moins de chances que les premiers de cons
 idérer la ressemblance politique comme une condition de l’amour ». \nCela 
 signifie que les gens de gauche qui peuvent envisager de vivre en couple a
 vec un ou une partenaire de droite sont beaucoup moins nombreux que les ge
 ns de droite qui peuvent envisager de vivre en couple avec un ou une parte
 naire de gauche. Des esprits superficiels – ou partisans – pourraient en i
 nférer que ceux-ci sont plus tolérants ou moins dogmatiques que ceux-là. U
 ne autre interprétation est possible\, à laquelle nous conduira une simple
  expérience de pensée. Supposons que l’on constitue deux échantillons repr
 ésentatifs\, l’un d’honnêtes gens\, l’autre de délinquants\, puis qu’on de
 mande à ceux-là s’ils seraient prêts à épouser des délinquants et à ceux-c
 i s’ils seraient disposés à convoler en justes noces avec des personnes ho
 nnêtes : il y a gros à parier que les seconds seraient plus nombreux que l
 es premiers à répondre positivement\, ce que l’on ne mettrait certainement
  pas au crédit de leur plus grande tolérance. Si donc on veut bien admettr
 e que\, en gros\, l’homme de gauche est à l’homme de droite ce que l’honnê
 te homme est au malfaiteur\, tout s’explique d’une façon aussi satisfaisan
 te pour la raison commune que pour la pensée de gauche.\nJ’ai l’air de pla
 isanter\, mais pas tant que cela. Le 25 juin 2024\, à la matinale de Franc
 e Culture\, les invités de Guillaume Erner étaient Bérénice Levet et Mathi
 eu Bock-Côté\, deux intellectuels qui n’ont pas la réputation d’être de ga
 uche. Les auditeurs furent si nombreux à manifester leur indignation que l
 e matinalier se sentit obligé\, le lendemain matin\, de consacrer son « hu
 meur du jour » à justifier la scandaleuse invitation. Il n’est pas inutile
  d’entendre l’autre si on veut le comprendre\, plaida-t-il. Et l’écouter «
  cela ne mène pas mécaniquement à être convaincu par sa parole ». Du reste
 \, lui-même\, Guillaume Erner\, il a n’a pas manqué de leur apporter « la 
 controverse ». Et enfin\, tient-il à préciser\, « aucun des propos tenus h
 ier ne tombe sous le coup de la loi ». Qu’une philosophe et un sociologue 
 classés à droite n’aient pas profité de leur passage à la radio pour se co
 mporter en délinquants\, c’était en effet inattendu et cela méritait d’êtr
 e signalé.\nLa pensée progressiste\, ou de gauche\, se cantonne aujourd’hu
 i\, dans des postures morales\, ou moralisatrices\, inspirées par les idéo
 logies américaines du politiquement correct et du wokisme qui ont d’ailleu
 rs été dénoncées là-bas par des personnalités peu suspectes de connivence 
 avec l’extrême-droite ». L’un d’eux est le linguiste Noam Chomsky\, connu 
 pour ses engagements politiques à l’extrême-gauche – et très connu chez no
 us\, pour cette raison\, par les lecteurs du\nMonde diplomatique. Voici ce
  que ce fieffé réactionnaire déclarait le 28 mai 2021 :\n« Le mouvement wo
 ke dénonce de vraies injustices\, oui. Mais le 'political correctness' et 
 la cancel culture des wokes n'ont aucune efficacité pour réduire les injus
 tices de classes sociales et améliorer le destin des populations pauvres q
 ui sont exploitées par les riches corporations du monde. Ils ne font que s
 e centrer sur leurs sentiments et leur propre ressenti\, sans provoquer au
 cun progrès »[3]. Il rejoignait ainsi un autre grand représentant de la « 
 fachosphère » aux États-Unis\, un certain Barack Obama\, qui\, le 30 octob
 re 2019\, sur BBC News\, s’exprimait dans les termes suivants :\n« Il y a 
 des gens qui pensent que pour changer les choses\, il suffit de constammen
 t juger et critiquer les autres (…) Si je publie un tweet ou un hashtag dé
 nonçant vos mauvaises actions\, ou le fait que vous avez utilisé le mauvai
 s mot ou le mauvais verbe\, et qu'ensuite je peux me détendre et être fier
  de moi parce que je suis super woke en vous ayant montré du doigt\, ça n'
 est pas pour autant de l'activisme. Ce n'est pas comme ça qu'on fait chang
 er les choses ». \nCe qui n’a échappé ni à Chomsky\, ni à Obama\, c’est qu
 e la woke attitude\, dépourvue de toute efficace s’il s’agit de remédier r
 éellement aux injustices\, a pour principale fonction de permettre à ceux 
 qui l’adoptent de se complaire dans des postures avantageuses qui flattent
  leur ego : regardez comme je suis antiraciste\, moi qui dénonce le racism
 e des autres !\n \nPARADOXES DE LA PENSÉE NÉO-PROGRESSISTE \nParadoxes peu
 t être pris ici à la fois au sens étymologique : une idée ou une propositi
 on choquante au regard du sens commun\, et au sens de contradiction\, selo
 n l’usage des logiciens qui parlent par exemple des paradoxes de Zénon d’E
 lée. S’agissant du premier sens\, on trouvera dans mon livre\, et dans les
  précédents\, des exemples de propos délirants qu’on doit à certains repré
 sentants du progressisme contemporain. Je recommande à cet égard la lectur
 e du Manifeste Contre-Sexuel de Paul B. Preciado\, chroniqueur du journal 
 Libération\, ou l’opuscule de Clémentine Beauvais intitulé Pour le droit d
 e vote dès la naissance publié dans la collection Tracts chez Gallimard. C
 ’est le second sens que je retiendrai ici. En persistant à se réclamer d’u
 ne pensée progressiste dont ils sapent les fondements\, les néo-progressis
 tes sont conduits à soutenir simultanément des propositions qui sont logiq
 uement incompatibles. C’est ce que George Orwell a appelé la « double pens
 ée ». Et comme chez Orwell\, les usagers de la double pensée cherchent à i
 mposer aux autres une novlangue visant à déterminer les cadres de leur pen
 sée. Dans cette optique\, s’est ouverte\, depuis quelques années\, une cha
 sse aux mots. Au nombre des vilains mots\, figure celui d’identité. Parler
  d’identité française\, ou pire encore d’identité nationale\, c’est s’insc
 rire dans la logique « identitaire » du repli\, du refus de l’autre\, cara
 ctéristique d’une idéologie rance\, pour ne pas dire nauséabonde\, qui nou
 s renvoie aux « heures les plus sombres de notre histoire ». Cependant qui
 conque nierait l’existence d’une identité palestinienne s’exposerait à de 
 graves ennuis avec les pourfendeurs de la notion d’identité.\nDe même\, on
  peut préconiser l’abolition des frontières\, défiler en criant No border 
 ! et réclamer la création d’un État palestinien dans les « frontières » de
  1967.\nVous vous souvenez peut-être aussi du scandale qu’avait déclenché 
 un ministre\, il y a une douzaine d’années\, en déclarant que « toutes les
  civilisations ne se valent pas ». De multiples tribunes fleurirent dans l
 es journaux pour stigmatiser cette scandaleuse proposition. Or Le Nouvel O
 bservateur qui\, en février 2012 s’était distingué en en publiant une bonn
 e dizaine\, faisait paraître 3 mois plus tard un numéro Hors-Série intitul
 é Les grandes civilisations. Les grandes civilisations ? Diable ! Peut-il 
 y avoir de grandes civilisations s’il n’y en a pas de plus petites ? Et s’
 il y en a de plus petites\, peut-on soutenir que toutes les civilisations 
 sont égales ? De même\, un an plus tôt\, les éditions Odile Jacob avaient 
 publié un ouvrage collectif rédigé par 50 chercheurs et citoyens « engagés
  »\, préfacé par Martine Aubry\, et intitulé Pour changer de civilisation.
  Là encore\, on se demande : si toutes les civilisations se valent\, à quo
 i cela rime de vouloir changer de civilisation ?\nEn 2008\, lors de la pol
 émique autour du livre controversé de Sylvain Gouguenheim\, Aristote au Mo
 nt Saint-Michel\, on avait reproché à l’auteur d’avoir dit\, en citant Jea
 n-Pierre Vernant\, que nous étions « redevables » aux Grecs. Le 7 novembre
  2008\, à l’émission La fabrique de l’histoire\, sur France Culture\, Marw
 an Rashed expliquait qu’il ne fallait pas raisonner en termes de dette. Or
 \, six mois plutôt\, le 30 avril\, le même Marwan Rashed avait signé dans 
 Libération \nune tribune intitulée : Oui\, l’occident chrétien est redevab
 le au monde islamique. Et c’est le même Marwan Rashed qui publiait\, le 12
  mars 2008\, sur le site oumma.com\, un article dont la première partie se
  proposait de « déconstruire » la notion de civilisation au motif qu’elle 
 a un caractère « flou » et qu’elle n’est pas « innocente »\, mais dans sa 
 conclusion on pouvait lire : « Il y aurait grand intérêt à enseigner que l
 a civilisation islamique ne se résume pas au harem et au thé à la menthe »
 . Il en va donc de la civilisation comme de la dette : on n’a le droit de 
 parler de civilisation que lorsqu’elle est arabo-islamique et de dette que
  lorsque le créancier est musulman (et le débiteur chrétien). Enfin\, ceux
 -là mêmes qui s’indignent qu’on puisse dire que toutes les civilisations n
 e se valent pas n’hésitent pas à célébrer l’âge d’or d’Al-Andalus où\, sou
 s le pouvoir éclairé et tolérant des califes omeyades\, l’Espagne musulman
 e a connu un apogée économique et culturel où les arts étaient florissants
 \, où des savants venus d’Orient transmettaient à une Europe chrétienne ob
 scurantiste et violente un héritage grec que son inculture lui avait fait 
 oublier tandis que les trois religions « du Livre » cohabitaient dans une 
 paisible et bienveillante harmonie. Sur le site oumma.com\, vous pouvez tr
 ouver\, à la date du 27 mars 2025\, un texte de l’islamologue Omar Merzoug
  intitulé Civilisation arabo-musulmane : les secrets d’une époque brillant
 e.\nOn voit sans difficulté que ces contradictions au sujet des concepts d
 ’identité\, de dette et de civilisation sont liées à la nécessité de compl
 aire aux « minorités ethniques » que Terra Nova voulait réunir dans sa « n
 ouvelle alliance électorale ». Dans celle-ci\, figuraient aussi les femmes
  et la pensée progressiste est donc profondément féministe\, ce que l’impo
 rtance prise par le mouvement MeToo dans le débat public depuis quelques a
 nnées atteste suffisamment. Cependant ce féminisme est parfois soumis à d’
 étranges variations. Il y a une dizaine d’années\, plus précisément le 6 f
 évrier 2014\, j’écoutais à la matinale de France Culture un débat opposant
  Jean-Luc Mélenchon à l’économiste Agnès Benassy-Quéré\, professeur à l’Un
 iversité Paris I – Panthéon Sorbonne. Celle-ci ayant contesté les thèses é
 conomiques de l’homme politique\, celui-ci\, très fâché\, lui lance d’abor
 d : « Vous mentez ! » puis « Les retraités savent qu’ils nagent dans le bo
 nheur\, c’est cette petite dame qui l’a dit »\, et cela sans soulever la m
 oindre protestation des animateurs de cette radio publique réputée progres
 siste.\nOn se souvient aussi sans doute que l’attribution du César de la m
 eilleure réalisation à Roman Polanski avait déclenché des manifestations t
 rès bruyantes et virulentes. Cependant la sensibilité des féministes et de
 s progressistes n’avait en rien été heurtée\, ni en 2010\, ni en 2012\, lo
 rsque le rappeur Joey Starr avait bénéficié de nominations pour le César d
 u meilleur acteur. Ce délinquant multirécidiviste\, condamné à deux repris
 es pour violences conjugales\, avait aussi fracturé le nez d’une hôtesse d
 e l’air après l’avoir traitée de « grognasse »\, de « pétasse » et de « bo
 udin ». Nos féministes et progressistes n’avaient pas non plus ménagé leur
 s applaudissements lorsque la palme du meilleur film avait été attribuée a
 u réalisateur Ladj Ly. Or ce dernier avait été condamné pour avoir partici
 pé à une expédition punitive au cours de laquelle\, après qu’une femme eut
  été rossée par son frère pour avoir eu avec un homme des relations que ce
 lui-là jugeait illicite\, l’homme en question avait été à son tour tabassé
 \, jeté dans le coffre d’une voiture\, transporté dans un bois et arrosé d
 ’essence. Et le 6 novembre 2019\, ce même cinéaste avait traité la journal
 iste Zineb Rhazaoui\, rescapée du massacre de Charlie-Hebdo\, de « connass
 e »\, en lui enjoignant d’aller se faire « enculer ».\nBeaucoup plus récem
 ment\, au début du mois de juillet 2024\, entre les deux tours des électio
 ns législatives\, était diffusé un clip de 9’43’’ réalisé par vingt rappeu
 rs. Voici ce qu’on pouvait\, entre autres douceurs\, y entendre :\nLa mena
 ce vient droit des cités (Ouais\, ouais\, pah)\, ma gueule\, on vote contr
 e les porcs \nJordan\, t’es mort\, Jordan\, t’es mort \nFerme les frontièr
 es\, mais la dope remontera d’Marbella quand même (Quand même) \nDonc tous
  les jours fuck le RN\, tu sais déjà c’est laquelle (Rrrah) \nMais tout c’
 que j’sais\, c’est qu’on vote pas Marine et baise la mère à Bardella (Rrra
 h) \nSi les fachos passent\, j’vais sortir avec un big calibre \nL’intérie
 ur de leur âme est fané\, ils méritent de caner \nJ’suis dans l’allée\, j’
 revends c’qui fait planer \nMarine et Marion\, les putes\, un coup de bâto
 n sur ces chiennes en rut (Vlan) \nOn reste fiers\, c’est nos principes et
  mon coeur est en Palestine \nVive la Palestine d’la Seine au Jourdain\, f
 uck Jordan\, c’est une marionnette. \nComment ont réagi progressistes et f
 éministes ? Marine Tondelier a fait preuve de résignation\, pour ne pas di
 re de résilience : « Les codes du rap\, c’est comme ça. C’est violent pour
  les femmes ». Éric Coquerel s’est montré beaucoup plus positif : « Que de
 s rappeurs\, des chanteurs ou même des sportifs\, avec leurs mots\, essaye
 nt de réveiller la population\, moi je trouve ça sain ». Quant au journal 
 Libération\, il prenait la défense de ces « artistes dont l’expression ner
 veuse\, remontée » a fait surgir « ce morceau collectif et éruptif conçu c
 omme une interpellation ». Certes\, il concède que certains couplets sont 
 « sexistes » et que d’autres comportent « d’impardonnables saillies antisé
 mites »\, mais c’est pour pardonner aussitôt l’impardonnable au nom de la 
 « légitimité\, dans le rap comme dans d’autres formes d’art\, de la licenc
 e poétique\, de l’excès\, de l’offense\, de la vulgarité\, de l’idiotie\, 
 de la fiction\, de l’obscénité ». On voit comment fonctionne ici la double
  pensée. Le néo-progressisme défend à la fois la cause des femmes et celle
  des minorités ethniques (qu’il faut réunir\, comme dit Terra Nova\, dans 
 la même « alliance électorale »). Mais si\, d’aventure\, certaines minorit
 és ethniques se montrent réservées envers la cause féministe et font preuv
 e d’un chouia de « masculinité toxique »\, il y a des choix à faire. Ici\,
  ce choix se fait au détriment des femmes\, mais ce peut être l’inverse\, 
 comme le montrera un dernier exemple.\nLe journal Libération\, à la date d
 u 31 janvier 2023 pose la question : Comment défendre l’avortement face à 
 ses opposants ? et\, pour y répondre\, expose avec faveur l’« argumentaire
  aussi limpide que percutant » de la philosophe américaine Judith Jarvis T
 homson. Celle-ci\, en effet\, ne se contente pas de nier que le foetus\, s
 imple amas de cellules\, n’est pas plus une personne humaine que le gland 
 n’est un chêne. Non\, qu’elle le conteste\, mais parce que cet argument es
 t impuissant à convaincre ceux qui n’admettent pas qu’en l’espace de quelq
 ues secondes\, le gland puisse devenir un chêne. Il faut donc entrer dans 
 leur jeu\, admettre par hypothèse leur présupposé\, à savoir que le foetus
  est déjà une personne\, et leur prouver que\, même dans ce cas\, l’avorte
 ment est légitime. Pour ce faire\, la philosophe propose plusieurs compara
 isons baptisées « expériences de pensée ». Voici comment Libération expose
  la troisième :\n« La philosophe utilise l’image d’un cambrioleur qui aura
 it le droit de rester habiter une maison dont la fenêtre a été laissée ouv
 erte. Inconcevable ». \nLe foetus est ainsi assimilé à un cambrioleur qui\
 , sous prétexte que l’occupant a laissé étourdiment la fenêtre ouverte pré
 tend se maintenir dans les lieux. Dans ce cas\, le propriétaire des lieux 
 est dans un état de légitime défense qui l’autorise à mettre l’intrus défi
 nitivement hors d’état de nuire\, même si celui-ci ne menace pas sa vie. «
  Même\, juge-t-elle dans les cas les plus courants – quand la vie de la mè
 re n’est pas en danger\, même quand elle n’a pas subi de viol ».\nEn droit
  français\, l’article 122-5 du code pénal exige en\, matière de légitime d
 éfense\, l’imminence du danger et la proportionnalité de la riposte. En re
 vanche\, aux États-Unis\, dans la plupart des États\, la légitime défense 
 repose sur la Castle doctrine (doctrine du château)\, qui reconnaît à l’oc
 cupant le droit à la violence létale s’il a eu simplement peur d’une attei
 nte à son intégrité physique – ce que l’on appelle\, chez nous\, la « légi
 time défense subjective ». L’argumentaire est donc compréhensible chez la 
 philosophe américaine\, mais beaucoup moins de la part de Libération qui n
 e nous avait pas accoutumé à une telle américanophilie ni à une telle empa
 thie à l’endroit de l’idéologie sécuritaire. C’est en effet Éric Zemmour q
 ui\, s’adressant le 2 février 2022 au syndicat de police Alliance\, avait 
 proposé l’introduction dans le droit français d’une disposition analogue à
  la doctrine du château. Et l’on est en droit de s’étonner que ce quotidie
 n progressiste puisse assimiler le foetus à un squatteur qu’on a le droit 
 de tuer alors qu’une semaine plus tôt\, le 22 janvier\, il avait dénoncé c
 omme scélérate une proposition de loi anti-squat qui prévoyait à l’encontr
 e des squatteurs des méthodes pourtant beaucoup moins brutales. Regardons 
 enfin la conclusion de Judith Jarvis Thomson que la journaliste résume ave
 c faveur :\n« Oui\, on peut considérer que cette attitude est égoïste\, cr
 uelle\, mais elle n’est pas « injuste »\, analyse Judith Jarvis Thomson. «
  Nul n’est contraint par la loi de se comporter en samaritain qui fait le 
 minimum vis-à-vis de qui que ce soit\, où que ce soit aux États-Unis »\, c
 onclut-elle. \nLa journaliste conclut pour sa part en écrivant que l’artic
 le de la philosophe américaine « pourrait être utile en France\, dès maint
 enant ». Oui\, en effet\, il pourrait conforter ceux qui pensent que la co
 mpassion\, ça commence à bien faire. Que la mère patrie a le droit de se d
 éfendre contre les corps étrangers qui menacent de l’étouffer. Que le peti
 t Aylan\, sur lequel la planète entière a versé des larmes\, était un camb
 rioleur potentiel. Et que ceux qui se noient en Méditerranée feraient mieu
 x de retourner en Afrique. Au fait\, de quoi Libération est-il le nom et d
 e qui fait-il le jeu ?\nL’HEURE DU WOKE \nVenons-en enfin à la notion cont
 roversée de woke ou de wokisme. Contrairement à ce que l’on entend souvent
 \, elle n’a pas été inventée par des conservateurs américains pour ridicul
 iser leurs adversaires progressistes\, mais ce sont ces derniers qui se so
 nt eux-mêmes désignés comme « wokes ». Ce vocable a été formé à partir de 
 woken\, participe passé du verbe to wake\, qui signifie éveiller. Il est n
 é dans la culture afro-américaine comme un appel à prendre conscience des 
 injustices de la ségrégation raciale avant d’être repris par la jeune bour
 geoisie blanche des campus et étendu à toutes les discriminations. Pourquo
 i donc ceux qui ont pris l’initiative de s’autodésigner comme des « éveill
 és » refusent-ils d’assumer cette épithète et en attribuent-ils mensongère
 ment la paternité à leurs adversaires ? C’est manifestement parce qu’ils l
 ’ont eux-mêmes ridiculisée par leurs outrances. On peut en effet être favo
 rable – c’est mon cas - à ce que le viol soit sévèrement réprimé sans sout
 enir qu’il y a en France une « culture du viol »\, sans accorder à Carolin
 e de Haas qu’« un homme sur deux ou trois est un agresseur »[4] et sans pr
 ofesser que la masculinité est intrinsèquement toxique. On peut être sincè
 rement attaché à l’égalité entre les sexes et se dérober à l’injonction se
 lon laquelle « chaque homme\, surtout s’il se définit hétérosexuel\, devra
 it se faire pénétrer au moins une fois dans sa vie pour se retrouver du po
 int de vue de la « femme »[5]. On peut être révolté – c’est encore mon cas
  - par la discrimination raciale à l’embauche ou au logement sans penser q
 u’on y remédiera en écrivant Black avec une majuscule et white avec une mi
 nuscule\, comme c’est la règle dans le New York Times depuis le 30 juin 20
 20\, sans accorder à Lilian Thuram que la culture blanche est raciste\, ni
  à Maboula Soumahoro que l’homme blanc « ne peut pas avoir raison contre u
 ne noire ou une arabe »[6]\, ni à Rockhaya Diallo que la couleur des spara
 draps vendus dans les pharmacies françaises témoigne d’un racisme systémiq
 ue. On peut enfin convenir avec Austin qu’après que le Maire a dit : « Je 
 vous déclare mari et femme »\, les personnes qu’il a devant lui sont réell
 ement mariées\, mais refuser d’en conclure avec Judith Butler ou ses épigo
 nes que\, l’identité sexuelle étant une « construction performative »\, il
  suffit qu’un homme dise : « Je suis une femme » pour qu’il le devienne ré
 ellement.\nParti d’une révolte légitime devant d’injustes discriminations\
 , le mouvement woke s’est ensuite constitué comme une idéologie qui perçoi
 t les sociétés occidentales comme essentiellement régies par des structure
 s de pouvoir et de domination qui oppriment des minorités : domination du 
 blanc sur le noir ou l’arabe\, du colonisateur sur le colonisé\, de l’hété
 rosexuel hétéronormé sur l’homosexuel et le transgenre\, de l’homme sur la
  femme et de l’homme sur la nature car l’homo faber maltraite la nature co
 mme le mâle la femelle.\n \n \n \nCONTRE L’UNIVERSALISME\, LE DIFFÉRENTIAL
 ISME \nCette idéologie prend\, sur presque tous les points\, le contrepied
  des idées-forces du progressisme des origines. Elle conteste tout d’abord
  l’universalisme des Lumières. Celui-ci ne ferait que déguiser les intérêt
 s particuliers de l’occident. Il est incontestable que cet universalisme a
  pu servir à cautionner la colonisation\, chez Jules Ferry\, chez Victor H
 ugo\, chez Léon Blum encore. Cependant la pensée woke lui oppose et lui su
 bstitue un relativisme et un différentialisme qui peuvent laisser pantois.
  Ainsi l’universitaire américaine Judith Butler\, célèbre pour ses travaux
  sur le genre\, et très prisée en France\, se désolait en 2001\, lors de l
 a chute des Talibans en Afghanistan\, de voir les femmes afghanes jeter le
 ur burqa aux orties. Il y avait là un refus de comprendre « les importante
 s significations culturelles de la burqa (…) un exercice de modestie et de
  fierté\, une protection contre la honte\, et la façon aussi dont elle fon
 ctionne comme un voile derrière lequel et par lequel la puissance d’agir p
 eut opérer et opère effectivement ». (Vie précaire p.175). Ne vous demande
 z pas pourquoi Mme Butler n’a pas adopté pour elle-même ce moyen d’augment
 er sa propre puissance d’agir : c’est qu’elle craignait d’être accusée d’a
 ppropriation culturelle. Et beaucoup plus récemment\, le mardi 5 septembre
  2023\, au journal de 12h30 sur France Culture\, on pouvait entendre une c
 ertaine Julie Billaud\, chercheuse anthropologue à l’université de Genève\
 , expliquer aux auditeurs que la « politique de genre » des Talibans est u
 n acte performatif par lequel ils affirment leur souveraineté et combatten
 t les politiques de genre occidentales perçues comme une forme de dominati
 on culturelle de leur pays.\n \nCONTRE LA VÉRITÉ\, LA POST-VÉRITÉ\n \nL’an
 ti-universalisme de la pensée woke se présente donc comme un relativisme d
 ont on peut trouver un fondement philosophique dans la fameuse formule de 
 Nietzsche si souvent répétée : « il n’y a pas de faits\, il n’y a que des 
 interprétations »\, qui ouvre la porte à la doctrine des « faits alternati
 fs ». Deux exemples.\n \nSophia Chikirou \nÀ une époque où des manifestati
 ons de rue\, dès lors qu’elles sont massives\, sont invoquées pour contest
 er à un gouvernement le droit d’appliquer le programme sur lequel il a été
  porté au pouvoir\, il n’est pas inutile de pouvoir s’assurer de leur cara
 ctère massif. Or ce qui a un caractère incontestablement massif\, c’est l’
 écart régulièrement constaté entre les chiffres de la police et ceux des o
 rganisateurs des manifestations. Ils ont pu aller de 1 à 8\, voire de 1 à 
 10. La solution de facilité a longtemps consisté à faire la moyenne des de
 ux en considérant qu’une police inféodée au pouvoir politique devait sous-
 estimer à peu près autant que les syndicats devaient surestimer. Il y a 15
  ans\, Mediapart décida de procéder lui-même à un comptage rigoureux lors 
 de la manifestation du 12 octobre 2010. Les syndicats annoncèrent 330000 m
 anifestants\, la police 89000 et Mediapart en dénombra précisément 76000\,
  à son grand étonnement\, et à la consternation de ses lecteurs\, furieux 
 et indignés de ce résultat qu’on pouvait difficilement imputer à la compli
 cité d’Edwy Plenel et de Nicolas Sarkozy. En mai 2014\, un groupe d’expert
 s indépendants présidé par trois « sages » entreprit de travailler sur le 
 comptage des manifestations au moyen des méthodes les plus rigoureuses. Le
 ur rapport\, rendu public le 13 avril 2015\, confirmait les résultats de M
 ediapart : les méthodes de la police étaient de loin les plus fiables\, ce
 lles des syndicats reposant sur des estimations et des extrapolations. Apr
 ès avoir compté et recompté sur les vidéos des manifestations\, les expert
 s de l’EHESS\, de l’INSEE et de l’Université de Paris I obtenaient\, eux a
 ussi\, un nombre de manifestants un peu inférieur à celui de la police et 
 très inférieur à celui des syndicats. Ce rapport ne dissuada pas ceux-ci d
 e continuer à afficher des chiffres faramineux. Par exemple\, le 14 juin 2
 016\, là où la police avait compté 125000 manifestants dans toute la Franc
 e\, les syndicats n’en dénombrèrent pas moins de … 1\,3 million ! C’est da
 ns ce contexte que\, pour la manifestation du 22 mars 2018\, une vingtaine
  de médias de toutes orientations\, Le Monde et Le Parisien\, Libération e
 t La Croix\, Mediapart et Le Figaro\, chargèrent le cabinet privé Occurren
 ce\, spécialisé dans ce travail\, de procéder au comptage au moyen des mét
 hodes les plus performantes. À Paris\, les organisateurs comptèrent 65000 
 manifestants\, la police 49000 et Occurrence 47800. Il est à noter qu’en p
 rovince où Occurrence n’intervenait pas\, les écarts entre les chiffres de
  la police et ceux des syndicats étaient beaucoup plus importants\, comme 
 si ceux-ci avaient pressenti qu’en l’absence d’un contrôle d’experts indép
 endants\, il serait plus facile de gonfler impunément les chiffres … Toujo
 urs est-il que cette opération de comptage déplait souverainement à Sophia
  Chikirou\, ancienne directrice de la communication de la campagne de Méle
 nchon et actuelle directrice d’un média qui s’appelle\, modestement\, Le M
 édia. Longuement interviewée par BFMTV\, le 25 mars\, elle dénie aux journ
 alistes le droit de compter le nombre des manifestants : « Ce n’est pas le
 ur rôle\, ce n’est pas leur job ». Là\, on est un peu étonné : on croyait 
 naïvement que le rôle des journalistes était d’informer. Mme Chikirou préc
 ise alors sa pensée : « Compter les manifestants\, c’est prétendre à une n
 eutralité qui n’existe pas. D’autant plus que les chiffres dans une manife
 station\, c’est un enjeu politique pour les organisateurs et le gouverneme
 nt ». Autrement dit\, il n’y a pas de chiffre objectif\, mais un affrontem
 ent entre la subjectivité des organisateurs et celle du gouvernement. N’es
 t-ce pas un déni de réalité du type : « il n’y a pas de faits\, mais seule
 ment des interprétations » ? Non\, nous dit Sophia Chikirou : « Je ne prét
 ends pas qu’il n’y ait pas de réel. Le réel\, c’est le rapport de forces q
 ui se produit dans une manifestation entre des organisateurs qui disent « 
 voilà ce que nous affirmons et ce que nous réclamons comme chiffres » et u
 n gouvernement qui dit : « nous\, nous avons compté cela ». Que le meilleu
 r gagne ! Il n’y a pas de faits objectifs\, seulement des faits alternatif
 s au sens le plus latin du terme.\n \nDaniel Schneidermann \nLe 23 mars\, 
 au lendemain de l’interview du Président de la République sur TF1\, un mil
 itant qui dispose d’un compte Tweeter « anti extrême-droite et extrême fin
 ance » publie le texte suivant :\nRaté. Ce moment où Emmanuel Macron\, le 
 Président des riches\, se rend compte qu’il porte une montre de 80000 euro
 s pendant qu’il tape sur les gens au RSA et l’enlève discrètement. Oui\, r
 ien ne m’échappe face à ce menteur ! ». \nCette « information » est rapide
 ment relayée par la députée LFI Clémence Guetté qui écrit à son tour :\nAu
  moment de parler des « smicards » qui « n’ont jamais autant gagné de pouv
 oir d’achat »\, il retire discrètement sa jolie montre de luxe sous la tab
 le. Cet homme est une farce ». \nEn vérité\, le mensonge et la farce sont 
 du côté des accusateurs\, non de l’accusé\, comme le montre le même jour l
 a rubrique CheckNews du journal Libération : « Après vérification\, il app
 araît que le Président a bien retiré sa montre au milieu de l’interview\, 
 après avoir cogné son poignet contre la table\, ce qui a produit un bruit 
 ». Le journal précise que cette montre est une Bell&Ross BR V1-92 d’une va
 leur de 2400 euros\, et non de 80000. Par ailleurs\, le Président ne l’a p
 as retirée au moment où il parlait des smicards\, mais au moment où il par
 lait du blocage des raffineries. C’est donc du tout faux.\nCependant\, Dan
 iel Schneidermann est manifestement mécontent que le journal auquel il col
 labore ait rétabli la vérité. Dans une chronique publiée le 24 mars sous l
 e titre L’affaire de la montre\, après avoir fait un parallèle entre cette
  affaire et celle du « collier de la reine »\, où Marie-Antoinette avait é
 té mensongèrement accusée d’avoir commandé un collier de diamants d’une va
 leur d’un million et demi de livres\, il concède du bout des lèvres : « So
 it. Marie-Antoinette de Habsbourg-Lorraine n’avait pas commandé le collier
 . Emmanuel Macron n’a pas voulu dissimuler sa montre ». Mais c’est pour aj
 outer aussitôt que « les deux faits étaient hautement vraisemblables ». En
  effet\, Macron a adopté des mesures fiscales favorables aux riches\, il a
  comparé les manifestants aux trumpistes du Capitole\, il a opposé la foul
 e au peuple souverain\, il a le goût de la provocation : pourquoi donc n’a
 urait-il pas arboré d’abord\, dissimulé ensuite\, une montre de 80000 euro
 s ? Même si ce n’est pas vrai\, c’est tout comme. Entre le vrai et le vrai
 semblable\, la différence est négligeable. Et de conclure : « Cupidité égo
 ïste de Marie-Antoinette\, aveuglement et provocations de Macron : factuel
 lement fausses\, et ressenties comme injustes\, les deux accusations sont 
 politiquement cohérentes ».\nBien que factuellement fausse\, l’accusation 
 portée contre Macron n’est pas injuste : elle est ressentie comme injuste.
  Nuance ! Ce qui est ressenti comme injuste est subjectivement injuste\, m
 ais ne l’est pas objectivement. Ça se passe dans la tête. C’est comme le s
 entiment d’insécurité qui peut augmenter alors que le niveau de la délinqu
 ance reste stable. Et peu importe que les accusations portées contre « L’A
 utrichienne » et contre Macron soient « factuellement fausses »\, elles so
 nt « politiquement cohérentes »\, et c’est bien l’essentiel. Peut-on série
 usement reprocher à quelqu’un qui a été politiquement cohérent d’avoir men
 ti sur les faits ?\nLe 14 juillet 1936\, l’Action Française accusait Roger
  Salengro\, ministre du Front populaire\, d’avoir déserté pendant la guerr
 e\, le 7 octobre 1915. C’était un mensonge. Une commission présidée par le
  général Gamelin le blanchit totalement d’une accusation dont il avait déj
 à été acquitté par le Conseil de guerre en 1916. Cela ne suffit pas et\, é
 puisé par la campagne de calomnies\, Roger Salengro se donna la mort quelq
 ues jours plus tard. Cependant\, un Daniel Schneidermann des années 30 aur
 ait pu faire valoir que Salengro s’était manifesté comme un antimilitarist
 e virulent avant la guerre. En 1910\, il avait été inculpé pour incitation
  de militaires à la désobéissance. Deux ans plus tard\, il avait manifesté
 \, en uniforme\, contre la loi qui faisait passer de deux à trois ans la d
 urée du service militaire afin de se préparer à une guerre contre l’Allema
 gne. Dans ces conditions\, l’accusation de désertion lancée par l’extrême-
 droite contre ce pacifiste notoire\, bien que « factuellement fausse » n’a
 vait-elle pas le mérite d’être « politiquement cohérente » ?\n \nCONTRE LA
  SCIENCE\, LES SAVOIRS SITUÉS \nLa philosophie progressiste issue des Lumi
 ères avait foi dans la science\, quitte à tomber parfois\, ce fut le cas a
 u XIXème siècle\, dans un scientisme un peu naïf. La pensée woke la contes
 te frontalement du point de vue de son anti-universalisme. Pour elle\, la 
 science ne peut prétendre à l’universalité\, car elle est celle du mâle bl
 anc hétérosexuel occidental colonialiste et impérialiste. Elle n’est pas m
 oins que la société dans laquelle elle naît divisée en dominants et dominé
 s. Ainsi Chandra K Raju\, vice-président de l’Académie indienne des scienc
 es sociales explique qu’il faut décoloniser la science\, et pour cela reme
 ttre en cause son objectivité et son universalité. Il faut donc faire droi
 t aux savoirs dits « autochtones » ou « indigènes ». Ainsi\, en 2022\, le 
 gouvernement de Nouvelle-Zélande a décidé qu’on devrait enseigner dans les
  facultés des sciences le savoir autochtone maori à parité avec les scienc
 es occidentales. Sept professeurs qui s’y étaient opposés ont été vivement
  réprimandés par la chancellerie de l’université tandis que 2000 universit
 aires ont signé une tribune affirmant que « Les savoirs autochtones – dans
  ce cas matāuranga – ne sont pas inférieurs aux autres systèmes de connais
 sance ». Précisons que le matāuranga est créationniste : c’est le dieu Tan
 e qui a créé les humains et ce sont les pleurs de la déesse Papatuanuku qu
 i sont à l’origine de la pluie. Voilà qui devrait enchanter aux États-Unis
  les religieux négateurs de la théorie de l’évolution qui ont tenté d’impo
 ser l’enseignement du créationnisme dans les universités.\nC’est sans dout
 e la biologie qui fait l’objet des attaques les plus brutales. Dans son li
 vre Corps en tous genres\, Anne Fausto-Sterling la dénonce comme une scien
 ce genrée et viriliste. Pour elle\, la distinction des sexes n’a pas de fo
 ndement dans la nature. Celle-ci est continue\, graduée\, et il n’est donc
  pas possible de procéder à des classifications. Il n’y a pas deux sexes\,
  ni trois\, il y en a une infinité de telle sorte que l’assignation d’un s
 exe à un enfant dès la naissance est une décision purement arbitraire et c
 ulturelle. Le genre est fluide\, comme le développera Judith Butler. Pour 
 elle\, le « sexe est une construction culturelle au même titre que le genr
 e ». On en arrive à une véritable négation de la naturalité du corps qui é
 voque la gnose. Celui-ci est l’oeuvre de la culture qui s’imprime « en pro
 fondeur\, depuis la structure osseuse et les circuits du cerveau jusqu’à l
 ’activité des gènes eux-mêmes »[7].\nLes mathématiques ne sont pas non plu
 s épargnées. Elles sont désormais accusées d’être racistes et il y a aux É
 tats-Unis un programme destiné aux collèges intitulé Vers un enseignement 
 équitable des mathématiques\, financé très généreusement par la fondation 
 Bill Gates\, qui a pour objectif de « démanteler le racisme dans l’enseign
 ement des mathématiques ». Selon ce programme\, on voit poindre la culture
  de la suprématie blanche quand l’accent est mis sur l’obtention de la bon
 ne réponse.\nC’est ainsi que pour corriger « l’injustice épistémique »\, o
 n voit apparaître des épistémologies des « points de vue » ou des « savoir
 s situés ». C’est ce que réclamait déjà Donna Haraway en 1988 et\, en 2021
 \, Sandra Harding préconise des « sciences identitaires »[8]: autant de sc
 iences qu’il y aura de groupes ayant tel ou tel point de vue. Ces concepti
 ons ne sont pas demeurées américaines. Chez nous\, des sociologues comme É
 léonore Lépinard et Sarah Mazouz expliquent que « selon les épistémologies
  du point de vue\, il ne s’agit pas d’affirmer qu’un point de vue subalter
 ne serait porteur\, intrinsèquement\, de savoirs plus vrais\, mais plutôt 
 de produire une capacité d’analyse collective qui prend le point de vue de
 s dominé·es »[9]. Et c’est un professeur à l’université de Paris-Nanterre 
 qui écrit : « La biologie nous biaise. Patriarcale\, elle s’est vautrée da
 ns l’androcentrisme et l’hétérosexisme\, deux maladies dont il faut la gué
 rir »[10].\n \n[1] Jacques Julliard L’esprit du peuple Robert Laffont\, 20
 17\, p.1025.\n[2] Municipales. Banlieue naufragée. Gallimard\, Tracts\, 20
 20\n[3] https://www.youtube.com/watch?v=i0ySJSkAMLE .\n[4] Interview accor
 dée à l’Obs 14 février 2018\n[5] Félix Ruckert\, chorégraphe\, interviewé 
 par Quentin Girard dans Libération 28 août 2013\n[6] https://www.youtube.c
 om/watch?v=m-eSjYha5EU\n[7] Corps en tous genres p.15\n[8] Repenser l’épis
 témologie du positionnement in M. Garcia Philosophie féministe Vrin 2021 p
 .143-144\n[9] Pour l’intersectionnalité Anamosa 2021 P.42-43\n[10] Thierry
  Hoquet Des sexes innombrables. Le genre à l’épreuve de la biologie. Seul 
 2016 p.62 .\n{/up filter} https://le-cerm.fr/conferences/evenement/51-les-
 paradoxes-de-la-pensee-progressiste
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LOCATION:Nautilus\, Salle Jean-Marais 34560 Palavas-les-Flots (16 Boulevard
  Maréchal Foch\, 34250\, Palavas-les-Flots\, Hérault\, Occitanie)
SUMMARY:Les paradoxes de la pensée progressiste
URL:https://le-cerm.fr/conferences/evenement/51-les-paradoxes-de-la-pensee-
 progressiste
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